Le billet du jour : Vaut mieux être un commerçant digne de ce nom, un commerçant vivant, qu’un commerçant mourant dans l’indifférence.

MOI_pHier matin aux quatre vérités sur France2 était invité le président de la FNSEA (La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles) on lui a posé des questions sur comment vont les agriculteurs ? De suite, le responsable de la FNSEA qui est le principal syndicat du monde paysan répond en évoquant la météo, les orages, les tempêtes, les grosses pluies, les inondations, le printemps pourri, la grêle. Des éléments qui ne peuvent être que dévastateurs pour notre agriculture.
Il embraye sur la crise économique actuelle et sur la politique européenne.
Comme on le constate, les paysans sont organisés et ont la parole. Ils se battent pour l’avenir de leur métier, et surtout pour sauvegarder ce qu’ils ont créé.
Moi, comme je l’ai déjà dit, je suis un commerçant de proximité, un petit commerçant. Certes, je ne travaille pas dans la rue, je n’ai ni vaches, ni vignobles ou ces grandes surfaces de terrains où poussent les matières à nourrir notre pays. Néanmoins, j’ai un local où je vends des produits, qu’ont besoin nos concitoyens. J’ai aussi investi, fait des emprunts, pris des risques pour pouvoir être un acteur dans ma ville.
Par contre, moi, et bien évidemment mes collègues, ne faisons pas partie d’un grand syndicat de commerçants de proximité. Il n’en existe pas, et si, il en existe un on ne l’entend pas.
Nous faisons bien partie de la CCI (Chambre de Commerce et d'Industrie) qui n’a qu’un rôle d’information et de conseil auprès de celles et ceux qui font bouger l’économie nationale avec leur entreprise locale.
Nous subissons, nous aussi les inconvénients de la météo, quand il pleut et fait froid, les gens n’achètent pas et il en est de même quand il fait très chaud. Nous subissons également la crise, nous la prenons en pleine face. Quand une municipalité prévoit des travaux nécessaires à l’amélioration de la cité, nous endurons des semaines, des mois et parfois des années (et je sais de quoi je parle) un manque à gagner que nous ne rattrapons jamais, pire les clients qui ont déserté nos enseignes pendant ces moments, ne reviennent plus. Ils sont partis ailleurs.
Et puis, il y a les supermarchés, la vente sur internet qui plombent injustement notre bon fonctionnement. Une concurrence déloyale contre laquelle des mesures nationales et européennes pourraient mettre un peu d’ordre. La volonté politique n’y est pas, alors nous pâtissons.
Nous supportons aussi les organismes collecteurs qui ne nous laissent aucun répit lorsqu’il faut régler nos cotisations, un jour de retard c’est 10 % de majoration ou de pénalité, et 10 % de plus aujourd’hui, ça se sent !
Et puis les banques qui devraient nous accompagner, nous soutenir, qui sont devenues des « récolteurs » de frais, d’intérêts, qui ne nous suivent plus, mais qui nous mettent à genoux. Après on s’étonne ! Pourtant, croyez-moi, quand vous créez un commerce, les banques prennent toutes les garanties (hypothèque sur votre maison, l’épouse ou l’époux doit être garant) et malgré cela elles n’accompagnent plus, elles tuent.
Elles sont devenues des boutiquiers et non plus ce rôle de banque.
Tous ces éléments, les commerçants et les petits artisans les vivent quotidiennement, cela est passé du rêve d’être un acteur au cauchemar de devenir un prochain sans logis.
Alors vous me direz pourquoi ceux-ci ne bougent pas ? Ne disent rien ? Subissent ? Supportent ? Endurent ?
Moi qui ne suis pas de ce monde, qui est passé avant d’être un commerçant par diverses professions, j’ai mon idée, elle va faire frémir, blesser, ce n’est pas le but, mais je n’arrive plus à garder le silence.
Le commerçant pense qu’il ne faut pas s’afficher, cela fait partir les clients.
Le commerçant s’imagine être un notable dans sa ville, certes cela a pu être le cas il y a des années, mais plus aujourd’hui. Ils sont nombreux, très nombreux, ceux qui ne gagnent même pas le SMIC ou qui ne gagnent plus rien.
Le commerçant attend patiemment au risque de se trouver dans des situations irrévocables en espérant des jours meilleurs.
Le commerçant ne s’organise pas en syndicat, cela n’est pas dans ses habitudes, il se tait face à celles et à ceux qui le bafouent chaque jour en lui imposant frais, majoration et pénalité, il a peur de réagir et d’agir. Il a peur que s’il le fait, cela soit pire pour lui.
Collègues commerçants, ça suffit ! Aujourd’hui, il faut que nous nous organisions dans nos secteurs, il faut tout mettre en œuvre pour sauvegarder nos commerces, pour sauvegarder ce que nous avons durement investi, nous devons tout faire pour démontrer que nous existons, que nous faisons partie de l’économie nationale. Si nous ne faisons rien et si nous continuons à rester dans le silence, nous allons disparaître une fois pour toutes. Il ne s‘agit pas de faire la révolution, mais simplement de dire haut et fort que nous sommes là, et que notre rôle est aussi important que les paysans. Nos villes avec notre présence vivent, quand nous ne serons plus là, elles seront désertes, ce seront de grands hôtels un point c’est tout.
Avant d’être une commerçante et un commerçant, vous êtes une femme, un homme, avec vos valeurs, vos convictions, vos idées et ne croyez-vous pas que de se battre, de lutter pour garder sa dignité est une priorité pour les humains que nous sommes ?
Certains commerçants commencent à se rebiffer et cela paie, imaginez-vous si nous le faisions ENSEMBLE, toutes et tous ENSEMBLE !
Nous en appelons, j’en appelle, à votre bon sens, de toute façon que vous fassiez ou pas, vous resterez des commerçants, mais vaut mieux être un commerçant digne de ce nom, un commerçant vivant, qu’un commerçant mourant dans l’indifférence.

Liberté, égalité, fraternité, solidarité, laïcité.

Le billet du jour : Le monde à l’envers, imaginez-vous aller manger dans un de ces restaurants bon marché, en être malade, et revenir vers un restaurant traditionnel vous plaindre.

MOI_pLe monde change, la société se transforme, et les gens perdent leurs valeurs.
Certains, diront que c’est une transformation, une avancée, qu’il faut faire avec, qu’il ne faut surtout pas être nostalgique, car que de regarder derrière soi, c’est reculer.
D’autres, et j’en fais partie disent que si les technologies avancent et pas toujours à bon escient, les mentalités reculent et régressent à grands pas.
Mon métier : commerçant de proximité, je vends et répare du matériel informatique, je conseille et bien évidemment j’essaie de réaliser cela dans la transparence et toute l’honnêteté possible que demande ce rapport client, commerçant.
Le client espère ne pas se faire avoir, et c’est la même chose pour le petit, très petit commerçant que je suis.
Pour celles et ceux qui me connaissent, ils savent que j’ai des valeurs et des convictions, des convictions fortes, très fortes qui font qu’aujourd’hui je ne fais pas partie de la « jet set », bien au contraire ! C’est un choix, j’assume.
Cela va faire 18 ans que j’exerce, 18 ans où j’ai rencontré des gens formidables et d’autres qui le sont moins, mais cela se dessine partout, dans toutes les professions.
Je me bats chaque jour pour le maintien de ces commerces de proximité, donc chaque jour je me bats forcément contre les supermarchés et tous ces commerces qui se trouvent sur internet, ils vendent moins cher que j’achète chez mes fournisseurs, ils ne vendent pas toujours de la qualité, ils vendent pour vendre. Et quand ils ont vendu, on s’aperçoit que généralement au niveau du SAV, on reste sur sa faim et souvent il faut faire appel pour remplacer ce manque au commerçant de proximité. En effet, le commerçant de proximité est devenu avec les années le « bouche-trou », celui qui doit pallier le manque de ces grandes surfaces qui ne font pas leur travail. Mais, au départ c’est la grande surface qui a fait l’affaire, c’est elle qui a vendu, fait du chiffre et des bénéfices.
Et quand une grande surface ne joue pas son rôle, les gens s’écrasent, ils se taisent (pas facile de se battre contre un Goliath), mais dans le cas contraire, on montre du doigt, on insulte, on dénonce (plus facile de descendre un David).
Et depuis quelque temps, la situation s’aggrave, elle se détériore d’une façon où on se demande si nous sommes bien encore sur terre.
Cette semaine a été pour moi l’apothéose. D’abord celle qui est venue avec son fils, elle avait acheté un ordinateur portable chez « Darty », celui-ci présentait la présence de virus et ne fonctionnait plus comme il le fallait, il était encore sous garantie.
« Vous réparez les ordinateurs chez vous » demande-t-elle ? « Oui » répondit la vendeuse ! « Nous prenons 55 € de forfait pour le diagnostic et la réparation s’il n’y a pas de pièce à changer et 50 € de plus s’il faut recharger le système » ajoute-t-elle. « Ah bon ! » répondit la cliente, « je pensais que c’était un service gratuit ! » « Eh oui Madame ! » Ici c’est une MJC (maison des jeunes et de la culture), nous sommes des bénévoles, vous rentrez dans un magasin et vous voudriez que nous vous rendions service gratuitement sur un appareil que vous avez acheté dans un supermarché, il faut savoir que pour enlever tous ces virus, malwares ou chevaux de Troie il faut parfois des heures de travail, recharger le système est souvent inévitable, alors se suit le téléchargement de tous les pilotes, car bien évidemment rares sont les clients qui ont effectué la sauvegarde sur CD ou DVD de leur installation au premier démarrage de leur PC. Cela prend des heures et cela devrait être gratuit ! Comme dit une amie très souvent, « j’en tombe de la chaise ».
Puis il y a eu celui qui me ramène toujours un ordinateur portable qui ne s’allume plus, même discours 50 € de forfait et 55 € s’il faut recharger le système, nous vous prévenons avant de changer une pièce pour avoir votre accord, cela fait 18 ans que nous pratiquons de la sorte. Chez MicroFor nous avons choisi la transparence.
Après avoir branché le portable, celui-ci ne montre pas signe de vie, on démonte, et croyez-moi des minuscules vis à dévisser il y en a quelques dizaines. Nous faisons un contrôle et nous nous apercevons que la carte mère est HS. Nous refermons et avertissons le client. Celui-ci vient rechercher sa machine et paie 55 € (sur son visage nous avons déjà vu qu’il n’appréciait pas). Tout travail mérite salaire non ?
Environ une semaine après, ce même client nous téléphone pour savoir si nous faisons des devis pour les assurances, notre réponse a été positive. Celui-ci est donc revenu pour que nous lui fassions ce papier. Dans la discussion, nous faisons remarquer qu’en général nous réalisons cette démarche à condition que le client rachète s’il est remboursé par l’assurance un appareil chez nous. Le visage change, eh oui ! Encore une fois, le client se sent trompé, il n’est pas d’accord sur la démarche, mais ne dis rien, sauf qu’il repassera.
C’est sa fille, qui est repassée ce samedi, agressive en me disant d’emblée que nous faisions du chantage à ses parents, que ce n’était pas juste, qu’il lui fallait cette attestation faite par un « pro », etc., etc.
Ils avaient acheté chez « CDISCOUNT » sur internet, et c’est MicroFor qui devait se charger de régler le problème sans pour autant avoir la garantie que s’ils étaient remboursés c’est chez MicroFor qu’ils achèteraient le PC de remplacement. Jamais je n’aurais osé, comme quoi…
De plus en disant « pro », elle avouait que « CDISCOUNT » n’en était pas un.
Nous avons refusé et fait comprendre que quelque part, nous n’étions pas à la botte des supermarchés, que demain si tout le monde achète dans ces grandes surfaces, il n’y aura plus de « pros » et que par la force des choses, les clients ne pourront plus se faire faire une attestation pour l’assurance et bla-bla-bla.
En sortant, j’ai eu droit à ce « connard » faute d’arguments qui auraient pu me faire changer d’avis.
Quelques instants plus tard, le téléphone sonne, le commissariat, l’agent à l’autre bout du fil me dit qu’en face d’elle, elle avait une personne qui se plaignait que je refusais une vente. J’explique ma position et l’agent me fait savoir que la cliente est prête à porter plainte et que je n’avais pas le droit de refuser de vendre. En aparté, il y a quelques années dans ce même commissariat, je venais déposer plainte concernant 12.000 € de chèques sans provision, on a refusé cette plainte, car la police ne s’occupe plus de ces problèmes. Pas belle la vie ?
Quoi qu’il en soit pour m’éviter des problèmes je répondis « envoyez-moi la cliente, je vais lui faire son papier. »
Déjà dans les soucis je ne voulais pas m’en rajouter, même si je sais que cela aurait coûté beaucoup plus cher à la cliente.
Le monde à l’envers, imaginez-vous aller manger dans un de ces restaurants bon marché, en être malade, et revenir vers un restaurant traditionnel vous plaindre. C’est comme ça, plus aucun bon sens, plus aucun respect, aujourd’hui, non seulement les commerces de proximité disparaissent et pour cause, mais ceux qui restent sont bafoués par certains clients qui n’ont plus aucune valeur, plus aucun sens du savoir-vivre.
J’ai donc réalisé ce devis, vite fait, pas de fioriture comme je fais d’habitude, et la cliente en rajoute « pourquoi ne vouliez-vous pas le faire ? » Réponse : « Par principe Madame, nous ne sommes pas ici indemnisés par les grandes surfaces et vos « CDISCOUNT » pour faire leur travail, nous n’aimons pas être complice de notre propre disparition, car au risque de me répéter, demain il n’y aura plus de « pros » pour réaliser ce genre d’attestation, vous aurez fait en sorte de les faire disparaître. »
Voilà ce qui arrive quand on veut être un commerçant honnête, voilà comment ça se passe quand on veut faire comprendre certaines choses, voilà comment les gens deviennent quand ils n’ont pas le courage de faire tomber Goliath, voilà, la vie est belle non ?