Jean-Luc Mélenchon joue la carte « Front du peuple »

meAvec son « mouvement » pour la VIe République dont il veut que le Front de gauche soit partie prenante, l’eurodéputé entend remettre le peuple en selle avec une perspective nouvelle pour 2017.

 

Un « Front du peuple ». Si l’objectif de dépasser le « cartel d’organisations » est commun au Front de gauche, le Parti de gauche (PG) a pris les devants en annonçant dès le mois d’août la création d’un «mouvement » en faveur de la VIe République dont l’ambition affichée est de « fédérer le peuple ». Jean-Luc Mélenchon, qui a quitté ses fonctions de coprésident du PG pour se consacrer à cet « objet politique absolument neuf », n’a de cesse depuis d’en dessiner les contours et de tenter de lancer la dynamique. Après la création d’un site Internet pour recueillir des signatures – 33000 en treize jours, selon le PG –, un discours à la Fête de l’Humanité, une tribune dans le Monde vendredi 19 septembre, il a livré ses ambitions jeudi dans un entretien à l’hebdomadaire Politis.
« C’est une tentative pour créer le Front du peuple que les uns et les autres nous appelons de nos voeux sans être capables de le matérialiser », explique à l’Humanité Éric Coquerel, coordinateur politique du PG. Une façon de dépasser les difficultés du Front de gauche, dont l’histoire récente est émaillée de tensions auxquelles le PG a lui-même contribué en multipliant les déclarations virulentes à l’encontre de la stratégie communiste, aux dernières élections municipales notamment. Une tentation peut-être, aussi, de contourner le débat avec ses partenaires.
« Cela ne remplace pas le (Front de gauche), cela l’inclut », assure Jean-Luc Mélenchon. Mouvement et Front de gauche sont « complémentaires, pas concurrents ni contradictoires », selon Éric Coquerel, pour qui le second « devrait continuer sa bataille contre le gouvernement Valls et sa politique ». Mettre en adéquation le contenu et la méthode du mouvement, telle est la démarche avancée: « Si nous commencions le processus de VIe République par un cartel Front de gauche, nous serions ramenés au point de départ », déclare l’ex-coprésident du PG.
Au-delà d’une refonte des institutions
Sur le fond, quelques traits saillants de la mission que pourrait remplir une Constituante sont tout de même dessinés par Jean-Luc Mélenchon. Au-delà de la refonte des institutions – avec une proposition phare, celle de référendum révocatoire à mi-mandat –, il s’agirait notamment de changer « la définition des droits constitutionnels de la propriété privée du capital » pour en faire « un simple droit d’usage, encadré par les servitudes de l’intérêt général », explique-t-il dans une tribune dans le Monde. La méthode permet également de désamorcer le débat suscité par la proposition du PG d’une marche pour, « à mi-mandat, exiger la révocation du gouvernement », sorte de référendum révocatoire avant l’heure. « La question n’est pas tant la sanction du gouvernement que ce par quoi on peut le remplacer », confiait, il y a quelques jours, le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles. « Il n’y a pas une marche à laquelle j’ai appelé dont on ne m’ait dit que c’était une erreur de l’avoir fait, que le mot d’ordre n’était pas bon, que ce n’était pas le bon jour… Cela s’est réglé par le fait que les gens sont venus », balaye Jean-Luc Mélenchon.
Faire revenir le peuple en politique
« Nous préparons en même temps le rendez-vous de 2017 », prévient également le député européen. Une façon de préparer sa candidature ? Le Parti de gauche s’en défend: « La construction d’alliances, de rassemblement de forces, même si elle est nécessaire, à partir du moment où elle est sur une base très claire d’opposition au gouvernement, ne peut pas suffire pour être en tête au premier tour et trouver une majorité au deuxième. Comment faire revenir le peuple en politique, c’est l’équation que nous cherchons à résoudre aujourd’hui », affirme Éric Coquerel. De son côté, Jean-Luc Mélenchon déclare ne vouloir ni « d’une campagne people, ni partidaire, mais avec un contenu ». D’ici là, « un ou deux visages » doivent émerger du mouvement, prévoit-il. Concrètement, après la publication d’appels dont le premier est paru jeudi (voir encadré), l’objectif sera d’atteindre les 100000 signataires et, enfin, de constituer un comité d’initiatives. Même si Jean-Luc Mélenchon se réserve le droit « le moment venu » de faire « des propositions de forme de plus en plus audacieuses ».
UNE CINQUANTAINE D’ARTISTES ET D’INTELLECTUELS APPELLENT AU MOUVEMENT
Intellectuels et artistes, ils sont une cinquantaine à avoir apposé leur signature au bas d’une « déclaration pour la VIe République », rendue publique jeudi. C’est le premier des appels promis par Jean-Luc Mélenchon; doivent suivre les syndicalistes et politiques. Y figurent des économistes (Liêm Hoang-Ngoc, Jacques Généreux), des cinéastes (Gérard Mordillat, Robert Guédiguian), des écrivains (Annie Ernaux, Christian Salmon), des comédiennes (Sophie de La Rochefoucauld, Ariane Ascaride), des humoristes (Didier Porte, Christophe Alévêque), des musiciens (Magyd Cherfi, Yvan Le Bolloc’h), des essayistes et journalistes (Daniel Mermet, Paul Ariès), des associatifs (Bernard Cassen, président d’honneur d’Attac), des historiens (Claude Mazauric, Jean-Numa Ducange, Roger Martelli), des sociologues (Frédéric Lebaron), des universitaires (Janette Habel). Ils estiment de leur « devoir de trouver une issue positive à la crise ». « La transformation des institutions sera celle de la société », promettent-ils. Pour y parvenir, l’appel qu’ils lancent propose de « réunir au plus vite ceux qui auront répondu favorablement pour qu’ils décident eux-mêmes librement et sans condition de tout ce qui devra être fait ensuite ».

 

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