“Libérée”, la Libye instaure la loi islamique et la polygamie

Nicolas Sarkozy et David Cameron reçus triomphalement à Benghazi le 15 septembre par Moustafa Abdel Jali, nouvel homme fort libyen. | REUTERS

Fini le droit de divorcer, place à la polygamie.
C'est en substance ce qu'a déclaré Mustapha Abdel Jalil, le président du conseil national de transition (CNT), dimanche à Benghazi (Libye). "En tant que pays islamique, nous avons adopté la charia [la loi islamique : NDLR], comme loi essentielle et toute loi qui violera la charia sera légalement nulle et non avenue", a-t-il prévenu.
Ce n'est pas vraiment une surprise puisqu'à la mi-septembre déjà, les chefs des nouvelles autorités avaient déclaré que l'islam serait la principale source de législation dans la nouvelle Libye, tout en rejetant tout radicalisme, rappelle Le Point.
La loi sur le divorce et le mariage, qui interdisait la polygamie et autorisait le divorce sous le régime de Mouammar Kadhafi, a donc vécu. "Cette loi est contraire à la charia et elle n'est plus en vigueur", a annoncé Mustapha Abdel Jalil.
Le chef du CNT a également promis d'ouvrir des banques islamiques en Libye. Conformément à la loi islamique, elles ne permettront pas de toucher des intérêts.
La Libye, futur pays islamique radical ?
Reste à savoir ce que sera la réaction des pays occidentaux qui ont participé à la libération, dont la France et la Grande-Bretagne. On se souvient par exemple du discours de Nicolas Sarkozy à Benghazy, le 15 septembre dernier, qui déclarait que "La France sera toujours aux côtés du peuple libyen".
Voir la vidéo ci-dessous :

Pas plus tard que dimanche, Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, déclarait : "La période de la dictature, des violences et des divisions est terminée. Les Libyens peuvent désormais oeuvrer ensemble et sereinement à la construction d'un Etat démocratique et respectueux des droits de l'homme dans un esprit d'unité et de réconciliation nationale".
Lundi, "tout en indiquant que la France serait "vigilante", le ministre, a estimé qu'il s'agissait d'un "problème (…), notamment en ce qui concerne le respect de la dignité de la femme".
Sans oublier la déclaration fracassante de Brice Hortefeux, fidèle parmi les fidèles de Sarkozy, qui voyait dans la mort de Kadhafi le signe que le président français "est le champion du monde des droits de l'Homme".
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"La plupart des Constitutions arabes, comme celle de l'Egypte, font de la charia la source principale du droit, indique au Monde le politologue et islamologue belge Baudouin Dupret".
"Même la Syrie, qui se veut laïque, érige le fiqh, la jurisprudence islamique, en source principale de la législation. La Tunisie et le Maroc font exception, mais leur Constitution précise que l'islam est religion d'Etat. Inscrire l'islam dans la Constitution libyenne, c'est une déclaration vertueuse, parfaitement attendue (…) mais qui ne présage en rien du type de lois qui sera adopté".

"L'influence de la charia ne se fait sentir que sur le droit de la famille"
Tout est question d'interprétation selon lui. "On peut aussi bien aller vers l'imposition de peines coraniques – la lapidation des femmes adultères, les mains coupées pour les voleurs – que vers l'application de principes généraux chers à l'islam, comme l'équité, la bienfaisance et la justice. (…) Dans les faits, à l'exception de l'Arabie saoudite et du Soudan, où le code pénal est marqué par l'héritage islamique, dans tous les autres pays arabes, l'influence de la charia ne se fait sentir que sur le droit de la famille", poursuit-il.
"Même les démocrates libyens les plus laïcs ne pensent pas opportun que leur future Constitution ignore le poids de la religion dans leur pays", conclut-il.

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