Côte d’Ivoire: l’ONU dénonce des exactions contre les civils


L'ONU a indiqué vendredi après-midi craindre de “graves violations des droits de l'homme” commises par les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), les pro-Ouattara, en particulier dans l'ouest du pays. Les combats à l'arme lourde se poursuivent à Abidjan autour de la résidence du président ivoirien sortant Laurent Gbagbo et du palais présidentiel. En parallèle, 500 étrangers ont été accueillis sur un camp de l'armée française.
► La bataille d'Abidjan se poursuit
“Ca n'arrête pas de tirer. Les hommes de Gbagbo résistent sur l'ensemble de leurs positions”, a déclaré à l'AFP un habitant du secteur de la résidence de M. Gbagbo, dans le quartier de Cocody (nord). “On entend des coups très sourds d'artillerie, des (lance-roquettes) RPG-7, des mitrailleuses lourdes”, a-t-il ajouté.

Les combats très intenses entre les militaires fidèles au président sortant et les Forces républicaines d'Alassane Ouattara, reconnu président par la communauté internationale, ont débuté hier soir dans le périmètre de la résidence de Laurent Gbagbo. Ce dernier devrait se trouver dans le palais présidentiel, selon l'ambassadeur de France en Côte d'Ivoire.
Les forces pro-Ouattara ont dit avoir pris au début des combats dans cette zone la télévision d'Etat RTI, symbole du régime. Les affrontements qui avaient démarré vers minuit continuaient aussi dans le quartier du Plateau, qui abrite le palais présidentiel et résonnait du fracas des détonations d'armes lourdes. La bataille d'Abidjan faisait rage au cinquième jour de l'offensive éclair du camp Ouattara vers le sud, qui s'est rendu maître de la quasi-totalité du pays quatre mois après le début d'une crise post-électorale ayant fait depuis fin novembre près de 500 morts, selon l'ONU.
► Une suédoise de l'ONUCI tuée, les soldats français interviennent
Une Suédoise employée de l'ONU a été tuée jeudi soir à Abidjan par une balle perdue, a annoncé ce vendredi le ministère suédois des Affaires étrangères. Zahra Abidi, âgée de 34 ans, a été atteinte par une balle perdue alors qu'elle se trouvait à son domicile à Abidjan, où elle était employée par l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire
Ce jeudi matin, 500 étrangers ont été accueillis sur un camp des forces françaises. La veille, les soldats de la force Licorne (900 hommes) étaient intervenus à la suite de pillages dans un quartier sud de la ville habités par des ressortissants européens, notamment français, et qui abrite de nombreux commerces. Jeudi soir, les forces des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci) ont pris le contrôle de l'aéroport d'Abidjan. Le commandant en chef de l'aéroport, qui avait 100 hommes sous ses ordres, a fait défection du camp du président sortant Laurent Gbagbo et remis le contrôle aux troupes de l'ONU.
Exactions contre les civils
Ces violences perpétrées par les forces pro-Ouattara auraient été enregistrées “en particulier dans les régions de Guiglo, Daloa à l'ouest”, a détaillé le porte-parole du Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, Rupert Colville. Ce dernier a ainsi évoqué des “pillages, des extorsions de fonds, des enlèvements, des arrestations arbitraires et des mauvais traitements de civils”.
Appelant les forces en présence à la “retenue extrême”, le porte-parole a affirmé: “Il y a eu un nombre d'informations durant la semaine: deux civils auraient été brûlés vifs par des miliciens pro-Gbagbo à Gagnoa (centre-ouest), divers autres civils tués à Abobo”, un quartier d'Abidjan théatre d'affrontements entre partisans des deux camps ces dernières semaines.
Il a par ailleurs indiqué que des enquêtes indépendantes avaient été lancées dans le pays pour examiner ces violations des droits de l'homme, précisant que la Cour pénale internationale (CPI, dont le siège est à La Haye) était impliquée dans ce processus.
► Inquiétudes sur le sort des réfugiés
Quatre mois après le début de la crise post-électorale, les affrontements ont fait au moins 470 morts et déplacé près d'un million de personnes, selon l'ONU, tandis que le Comité international de la Croix-Rouge parle de milliers de blessés. Les agences humanitaires se sont dites vendredi particulièrement inquiètes du sort des dizaines de milliers de déplacés qui ont trouvé refuge à la mission catholique de Duékoué.
“Selon un prêtre (de la mission, ndlr), la majorité des déplacés n'ont pas mangé depuis deux jours et quelque 80.000 rations alimentaires sont nécessaires d'urgence ainsi que des ustensiles de cuisine”, a souligné une porte-parole de l'OIM, Jemini Pandya. Selon ce prêtre, il y a aussi un besoin urgent d'enlever des corps qui gisent dans les rues de la ville et à proximité de la mission.

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